Réseaux sociaux scientifiques : panorama, intérêts et usages des chercheurs, risques liés

Réseaux et autres serveurs scientifiques ou sites dédiés au domaine scientifique “développement” sont très nombreux, les sites scientifiques sont de nature très diverse et demeurent plutôt disciplinaires. Sur la base de l’enquête Vertigo (2009-2010) et au regard d’un tour d’horizon de la communauté scientifique, il ne semble pas exister un véritable réseau convivial actif parlant à la fois de questions scientifiques et de terrain, et pouvant lier les intérêts des chercheurs et des professionnels. Pourtant, l’émergence des réseaux sociaux à destinée professionnelle est en pleine phase de croissance. La communauté scientifique s’interroge sur une évolution possible et tente de proposer des solutions.

Une définition du réseau social numérique en recherche (RSNR)

Selon P. Mercklé : « Un réseau social […] peut-être défini provisoirement comme constitué d’un ensemble d’unités sociales et des relations que ces unités sociales entretiennent les unes avec les autres, directement ou indirectement, à travers des chaînes de longueurs variables »

P. Aventurier et Sylvie Cocaud, dans « Les réseaux sociaux numériques en recherche » rappellent les critères qui définissent un RSNR : la gestion de l’identité ou profil, le partage de ressources, les échanges interpersonnels (par chat, visioconf, Q/R, forums…), le réseautage, les fonctions de découverte de contenu ou de personnes, la constitution de groupes thématiques, institutionnels ou autre (les communautés) et leur animation, l’analyse des réseaux et de ses productions, les statistiques (consultation de profils, documents ou de relations-folowers et followings), la possibilité de commenter, d’annoter des textes (post-reviewing), la collaboration.

Les principaux réseaux sociaux scientifiques

Plusieurs documents permettent d’aborder un panorama des réseaux sociaux scientifiques. D’abord l’étude Vertigo dresse un premier classement des outils les plus utilisés. Puis en juin 2011, Audrey Bardon présente : « Le Top 20 des réseaux sociaux scientifiques ».

Les productions sur le sujet se multiplient. En 2012, l’URFIST produit dans « Réseaux sociaux : pratiques et enjeux dans la recherche et la carrière scientifique [PP 50-57] » un panorama des réseaux existants. L’année suivante, pour illustrer les Journées du réseau DVIST du 9 avril 2013 à L’INRA , P. Aventurier et S. Cocaud dans « Les réseaux sociaux pour les scientifiques » retiennent douze réseaux socionumériques, en livrent une description détaillée ainsi qu’un comparatif de fonctionnalités. Le travail réalisé répond à la demande des chercheurs et des dirigeants de l’INRA de recevoir des conseils pour utiliser des réseaux sociaux. La commande s’appuie également sur les témoignages des chercheurs. Enfin l’Irstea propose dans « l’Atelier Information Scientifique et Technique, l’IST : autour des réseaux sociaux scientifique » une panoplie d’outils sociaux destinés spécifiquement aux chercheurs.

On peut retenir de ces travaux une liste des réseaux socionumériques les plus cités :

♦ parmi les généralistes : FacebookTwitterGoogle Plus, se situe aussi les professionnels : LinkedInViadeo.

♦   parmi les spécialistes de la recherche :

◊     les académiques : ResearchgateAcademia.edu,

◊ les thématiques comme MyScienceWork (spécialisé dans l’access open), NaturenetWork (Nature et santé), BioMedExperts et BiowebSpin (Sciences de la vie), Epernicus (Santé), Labroots (Sciences de la vie et santé), Scientix (Enseignement scientifique), Knowtex (Vulgarisation scientifique),

◊    les interdisciplinaires : EthicshareSinapse,

♦ les communautés de partage bibliographique : ZoteroMendeleyCityUlike ou de document : Slideshare, ou d’établissement : Carnet2 Paris Descartes ou E Portfolio (UVSQ),

♦ les worflows et expérimentation : Hypothèsesmyexperiment, 2000 worflows plutôt bio-informatique,

♦ les outils de curation : netvibes et scoop-it, tel : réseaux sociaux scientifiques de la Fondation MSH, les outils de visualisation : pearltrees, tel : LaLIST sur les réseaux sociaux produite par le département Veille et Prospective de l’INIST-CNRS.

Les usages et les intérêts des chercheurs

Une enquête réalisée par les Corist de l’inSHS et présentée lors de la 2éme Journée des correspondants IST du 19 novembre dernier, donne une piste quant à la répartition de leur utilisation. Elle indique des usages massifs des réseaux sociaux parmi leur communauté scientifique et largement intégrés dans l’activité professionnelle des chercheurs. Les réseaux concernés sont surtout généralistes (Facebook, Twitter), les réseaux strictement destinés aux scientifiques sont moins connus et moins utilisés. Les chercheurs SHS constituent les usagers des réseaux sociaux les plus nombreux. Academia.edu, (« le réseau social scientifique préféré des SHS ») et ResearchGate sont les réseaux les plus importants en nombre d’inscrits, d’après C. Benech.

Soigner son identité numérique vis-à-vis des institutions ou personnes, mettre en place une réponse à un appel à projet, coordonner un programme de recherche, organiser une conférence, garder le contact avec d’autres chercheurs, accéder à des bases de données de publications restent les principaux intérêts des chercheurs… Et articuler une activité sur les réseaux sociaux avec d’autres activités numériques : est encore mieux ! Par exemple, utiliser twitter ou Facebook permet à la fois de faire la promotion d’un blog ou d’un site et « d’en assurer le service après-vente », comme le préconise Frédéric Clavert dans son article « Quel réseau social pour les chercheurs en histoire ? »

Beaucoup de chercheurs identifient les échanges entre chercheurs comme une source privilégiée d’informations (62 % dans l’enquête sur les pratiques informationnelles des chercheurs, menée par l’Urfist de Nice). Le besoin des interactions de la communauté scientifique semble prédominant. Les réseaux socionumériques, même s’ils sont exploités de façon variée, s’inscrivent dans cette dynamique.

Toutefois l’activité numérique représente bien des dangers : multiplication des outils, perte de temps, mauvaise interprétation des résultats, notoriété contre autorité, pérennité des services et des données, comme le présente l’URFIST de Paris dans « Réseaux sociaux : pratiques et enjeux dans la recherche et la carrière scientifique ». Aussi, les acteurs s’interrogent, multiplient leurs échanges. La 2éme Journée des correspondants IST de l’inSHS du 19 novembre 2013 porte le thème des Réseaux sociaux : quel intérêt pour les chercheurs ? Car à travers les réseaux sociaux s’immiscent les enjeux de la visibilité des chercheurs et de leurs travaux, de leurs pratiques peu compatibles dans leurs rapports aux réseaux sociaux numériques, de l’accès libre aux publications et d’une politique de développement de l’Open Access. Eric Verdeil, spécialiste de géographie urbaine et chercheur CNRS présente un compte-rendu de ces débats sur son blog.

Frédéric Clavert quant à lui, dans « Les réseaux sociaux pour chercheurs: une illusion ? » évoque un « enchevêtrement numérique » aggravé par la dépendance de certains réseaux à des financements privés, mettant en question la sécurisation des données et leur pérennité.

En guise de premières solutions, certains tentent de mieux identifier les besoins des chercheurs. Elifsu Sabuncu et Antoine Blanchard ont proposé d’expliciter les pratiques et les expériences concrètes des chercheurs sur les réseaux sociaux, ainsi que les fonctionnalités nécessaires ou désirées dans la perspective d’un nouveau réseau social spécifiquement dédié aux SHS.

Même si « Les articles scientifiques sont chaque jour plus en accès libre sur le net » comme le souligne Máire Geoghegan-Quinn, commissaire européenne à l’innovation, à la recherche et aux sciences et dont les propos sont rapportés par Q. Blanc dans l’étudiant-Figaro, la communauté scientifique n’a pas fini de s’interroger !

Vers un réseau social en ligne spécifiquement dédié aux chercheurs ?

Un réseau social dédié aux chercheurs : c’est bien l’idée de Frédéric Clavert pour mettre fin à cet « enchevêtrement social en ligne » et limiter la complication, tout en conservant la complexité, selon lui : « absolument nécessaire ». Un « mastodonte social » pour répondre à la nécessité de l’interdisciplinarité, multilingue et international, dont il mesure les risques et dont il reste à définir le modèle économique.

Nathalie B.

Pour aller plus loin

Gallezot Gabriel, Roland Michel. Enquête sur les pratiques informationnelles des chercheurs. Urfist de Nice, 2010. Une synthèse des résultats est disponible en ligne : http://urfistinfo.hypotheses.org/1901

Julien Pierre, La valorisation des réseaux sociaux dans la recherche scientifique, 2010. Disponible en ligne : http://www.slideshare.net/idnum/valorisation-reseauxsociauxrecherchescientifique

Mercklé P. La Sociologie des réseaux sociaux. La Découverte, coll. Repères, 2011, pp. 3-6

Zammar N. Réseaux sociaux numériques : essai de catégorisation et de cartographie des controverses. thèse/université Rennes 2, 2012. Disponible en ligne http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/68/79/06/PDF/2012theseZammarNdiffusable.pdf

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